Putsch raté des antisémites sur le FN

Vendredi 6 juin, Jean-Marie Le Pen profitait d’une tribune vidéo diffusée sur le site officiel du Front National pour combler son besoin de provoquer et de faire parler de lui en ayant recours, comme il en a l’habitude, à des expressions ou jeux de mots pour le moins douteux. C’est ainsi qu’il s’est attaqué directement à Patrick Bruel en exprimant sa volonté, juste après l’évocation du nom de ce dernier, de « faire une fournée la prochaine fois ». La référence à la Shoah semble difficilement contestable.
Dès lors, il ne s’agit pas d’un incident -et encore moins d’une innovation- puisque le père de Marine Le Pen n’avait pas manqué de mettre en avant les origines de Patrick Bruel durant une conférence de presse datant de 1995. Dans ces conditions, et contrairement à ce qu’il prétend, celui qui considère encore que « la Shoah est un détail de l’Histoire » ne pouvait ignorer l’appartenance du chanteur à la communauté juive.

 Le Bureau national du FN l’avait sans doute vu venir : la sortie de Jean-Marie Le Pen n’était pas anodine. Bien au contraire, elle relevait d’une volonté de re-diaboliser la formation nationaliste après son succès électoral aux européennes.

Malgré l’éviction progressive d’un certain nombre de membres radicaux et l’évolution relative des positions ainsi que du discours frontistes, notamment sur les thèmes liés à l’économie et aux sujets de société, force est de constater que l’entrisme des soraliens et autres dieudonnistes reste d’actualité. Ils ont même trouvé leur cheval de Troie en la personne de Jean-Marie Le Pen.

 Car en refusant de renoncer à la provocation antisémite, l’encombrant président d’honneur du Front National rappelle qu’il ne goûte pas vraiment à la volonté mariniste de donner une image respectable de la formation politique dont il est le fondateur.

 Il fallait donc marquer les esprits par une petite phrase qui ne manquerait pas d’attirer la lumière des projecteurs et les condamnations unanimes des élites politiques et « morales ».

Pour ce faire, il est interviewé par la très complaisante Marie d’Herbais Chatillon dont le rôle de complice ne doit rien au hasard. Le parcours de cette femme et son activité sur les réseaux sociaux sont effectivement riches d’enseignements.Il est frappant de découvrir les liens de cette personne avec Serge Ayoub (dit Batskin) ou encore Emmanuel Ratier, deux sombres militants d’extrême droite dont l’antisémitisme est de notoriété publique. Mais ce n’est pas tout. Marie d’Herbais est aussi l’ex-épouse de Frédéric Chatillon, père de ses six enfants et proche d’Alain Soral. Son ex-mari est d’ailleurs connu pour son antisionisme virulent ainsi que pour le soutien qu’il apporte à Bashar el-Assad et au Hezbollah.

Il est à noter que plusieurs clichés visibles sur son profil Facebook témoignent de l’antisémitisme de l’intervieweuse notamment lorsqu’elle effectue la quenelle chère à Dieudonné et quand elle diffuse des photographies montrant ses enfants en train de répéter ce geste ou de porter un tee-shirt « super quenelle ».

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Au centre, Marie d’Herbais en train de reproduire le geste de la quenelle

Et pour couronner le tout, voici les extraits de posts publiés sur Facebook par celle qui fut pourtant une amie de jeunesse de Marine Le Pen : « C’est moi qui ai rajouté la question concernant le gars Bruel. J’avais su qu’il déclarait ne jamais aller se produire dans des villes FN. Pas eu le temps de prévenir mon Président avant l’enregistrement. »

« Ne me Reconnais Plus en Tant que Natio au Front National… Marine Le Pen n’a Aucun sens de l’Amitié…. Serai Toujours là pour Jean Marie. »

 Ce sont bien les propos diffusés par Marie d’Herbais sur son journal Facebook et ces derniers ne manquent pas d’accréditer la thèse d’une tentative de putsch (ou du moins de déstabilisation) en provenance des milieux proches de Dieudonné et Soral.

Ce petit monde, réuni autour de la figure emblématique de Jean-Marie Le Pen, qui est d’ailleurs le parrain d’un enfant de l’agitateur multimillionnaire M’bala M’bala, ne s’attendait certainement pas à une telle levée de boucliers au sein même du Front National.

Marine Le Pen, qui est à l’origine de la politique de dédiabolisation du FN, est une fine stratège notamment parce qu’elle vise le pouvoir contrairement à son père. Consciente qu’elle sera dans l’impossibilité d’atteindre son objectif et d’élargir son électorat aux couches populaires si son parti est entaché d’antisémitisme, elle se retrouve donc dans l’obligation de désavouer publiquement et pour la première fois son géniteur en qualifiant ses propos de « faute politique ».

 Nul doute que cette polémique laissera des traces  au sein du Front National d’autant plus qu’elle n’a pas manqué de compliquer les négociations menées alors par le parti d’extrême droite pour la constitution de son groupe parlementaire européen.

Dès lors, les dieudonnistes et soraliens n’auront pas manqué eux-aussi d’atteindre en partie leur objectif puisque le Front National de Marine Le Pen ressort incontestablement fragilisé de cette nouvelle affaire.

Yoni Laïk et Laurent Barilan


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